Petit émetteur PO présenté par Alain F5RUJ

Faire revivre ses anciens postes recevant les PO (ondes moyennes)

Un récepteur de radio qui ne diffuse rien est une chose sans âme. Lorsqu’il s’agit d’un poste de type « familial » ancien avec une belle ébénisterie cela peut être agréable à regarder, comme un bibelot. Lorsqu’il s’agit de postes de type « militaire » avec une esthétique minimale, on a devant soi un « tas de ferraille » !

Evidemment si l’on est un collectionneur passionné l’objet aura de l’intérêt, parfois une forte valeur marchande, mais s’il est présenté à des visiteurs lors d’une exposition, surtout sans explication, les gens passeront sans s’intéresser à la « perle rare » que l’on a eu du mal à dénicher, voire payé fort cher.

En résumé : un récepteur de radio qui ne fonctionne pas ou qui ne diffuse rien est un objet sans intérêt pour toute personne non spécialiste.

Comme s’y prendre pour resusciter ces radios ?

Pour faire revivre ces appareils anciens, du moins ceux qui sont en état de fonctionnement, il y a plusieurs possibilités.

  • Utiliser la prise « pick-up » quand elle est présente et y injecter de la musique ou des paroles. Dans ce cas le poste de radio équivaut à un amplificateur BF ;
  • Utiliser un module qui transforme l’appareil de façon à ce qu’il puisse recevoir la radio FM. Cette solution est plutôt réservée à un usage domestique ;
  • Utiliser un émetteur local de toute petite puissance afin de ne perturber personne, l’émission ne devant pas excéder une dizaine de mètres, car elle s’effectue sur des fréquences radiophoniques. Cela est interdit même s’il n’y a plus guère en France d’émetteur de radiodiffusion en modulation d’amplitude. (Mais dans certains pays voisins, il y en a beaucoup !)

Pour ma part j’ai choisi la troisième solution car il m’est possible d’y faire entendre musique, chansons ou discours correspondant à l’époque que je souhaite évoquer, c’est-à-dire la seconde guerre mondiale. Rien n’empêche d’y connecter un smartphone pour diffuser une station de la bande FM, mais cela ne présente pas beaucoup d’intérêt lors d’une démonstration à caractère historique !

Bien entendu je n’ai pas inventé le procédé et de nombreux émetteurs AM expérimentaux à fabriquer soi-même existent dans la littérature technique en particulier sur INTERENET, à tubes, à transistors ou à circuits intégrés. J’en ai fabriqué un il y a des années mais il ne me satisfaisait pas et j’ai fini par le démonter !

De nos jours il existe des modules électroniques originaires de Chine pour tous les usages. J’ai alors pensé à rechercher un émetteur en ondes moyennes de très petite puissance, expérimental, et je n’ai pas eu de peine à en trouver ! Deux solutions étaient possibles : en kit ou entièrement monté et réglé sur 1600 kHz. Le kit valait environ 15€ et l’ensemble prêt à l’usage 23 €. J’ai choisi cette dernière option sans hésiter au vu du temps que le montage et le réglage auraient pu demander.

Sur la photo on remarque la platine du module HF, une pile de 9V et un lecteur de MP3 pour moduler le signal émis qui, si l’on ne change rien au montage d’usine, est calé sur la fréquence de 1600 kHz (187 m), à l’extrémité de la bande « PO » sur un récepteur ancien, les « ondes moyennes », « MW » sur certains récepteurs étrangers.

Telle que la platine est placée sur la photo pour en vérifier le fonctionnement, c’est-à-dire posée directement sur le poste récepteur, il n’y a pas besoin d’antenne, le signal est reçu avec beaucoup de force.

Eléments de la platine et fonctionnement

La notice livrée avec le matériel est rédigée en Chinois et en Anglais et pour une fois je dirai qu’elle est remarquable, car tout le fonctionnement électronique y est expliqué, la fonction des composants mais aussi la façon de calculer la polarisation des transistors !

L’appareil est destiné à un but pédagogique, les objectifs sont clairement explicités :

  1. Comprendre le principe de génération de l’oscillation haute fréquence d’un émetteur AM ;
  2. Comprendre le principe d’amplification du signal haute fréquence ;
  3. Comprendre le principe de la modulation AM.

La platine est dessinées avec toutes les indications nécessaires :

1 – Jack d’entrée 3,5mm stéréo. Il est suivi par 2 résistances de 47 k qui effectuent le mélange, l’émission étant forcément monophonique ;

2 – Potentiomètre d’ajustement entrée du son. (Il est plus commode si l’on a logé le montage dans un boîtier d’agir sur la source sonore) ;

3 – Condensateur variable de fréquence d’émission. La commande est sous la platine ;

4 – Potentiomètre de niveau de modulation ;

5 – Potentiomètre ajustable de puissance de sortie HF ;

6 – Ajustement d’impédance pour améliorer la forme d’onde ;

7 – Entrée alimentation 9 V, environ 50 mA ;

8 – Connecteur de terre ;

9 – Connecteur d’antenne, 6m recommandés.

Petite remarque : l’entrée son étant à haute impédance il n’y aura aucun danger pour la sortie de l’appareil servant à moduler. Toutefois, certains modèles de smartphones n’envoient jamais le son vers la sortie s’il n’y a pas d’écouteurs (32 ohms) de connectés. Si l’on utilise un boîtier avec un socle Jack il est possible de souder 2 résistances de 33 ohms qui simuleront les écouteurs (Ça fonctionne !)

Le schéma de la platine est fourni

L’oscillation HF est fournie par le transistor Q1 (couplage inductif) « tamponnée » par Q2. Q4 est le transistor de puissance HF et Q3 celui qui module en amplitude en fonction de la basse fréquence issue du circuit intégré TA7368P. En fonction du signal appliqué sur sa base, Q3 limitera plus ou moins le courant traversant Q4 : c’est la modulation d’amplitude.

On notera la qualité des filtres de sortie HF mais également ceux qui sont placés en entrée d’alimentation destinés à éliminer au maximum des signaux parasites. J’y ai connecté une alimentation 9V de récupération toute faite sans aucun problème !

Les observations

L’onde HF est dite sinusoïdale. Disons que c’est presque exact mais cela n’a aucune influence sur la qualité d’émission d’un module expérimental.

L’onde modulée n’est pas symétrique. Ce fait est clairement indiqué dans le texte, le transistor de sortie travaillant en classe D. Sur cette photo le signal modulant est sinusoïdal avec une fréquence de 1000 Hz. Il est possible d’agir sur la profondeur de modulation et également sur le niveau d’entrée du son. Un niveau sonore excessif déforme le signal (écrêtage fournissant un signal rectangulaire).

En modulation d’amplitude, le récepteur, de par sa conception même, n’utilise qu’une « moitié » de signal, ce qui explique la bonne qualité du son malgré ce signal asymétrique.

La mise en boîte

Elle n’est bien entendu pas indispensable car avec la platine sont fournis 4 vis et 4 petits pieds qui permettent de la poser sur une table. Attention, si elle est posée sur une plaque métallique cela va dérégler complètement la fréquence d’oscillation vu que le CV d’accord sera très proche du métal ! De ce fait j’ai utilisé une boîte en plastique.

A propos de la fréquence d’émission : elle est modifiable grâce au CV dans des proportions importantes, théoriquement de 530 à 1600 kHz. Il est possible de la faire varier de 1600 à 1000 kHz sans changer quoi que ce soit, mais en dessous de cette fréquence le filtre d’accord ne sera plus adapté et la puissance d’émission en sera fortement diminuée.

On peut observer à gauche de haut en bas :

  • Entrée BF sur un socle Jack stéréo 3,5mm ;
  • Alimentation extérieure avec un socle adéquat ;
  • Antenne (Banane 2mm) ;
  • Terre (Banane 2mm).

Tout cela peut être adapté par chacun en fonction de ses possibilités.

J’ai ajouté un condensateur de 470 µF sur l’entrée d’alimentation externe. Il n’est pas forcément indispensable.

On peut voir à droite la pile 9 V sur son support. Sur la face avant j’ai installé un inverseur à glissière à 3 positions : pile / arrêt / alimentation externe.

Une LED en façade indique la mise sous tension car lorsque la boîte est fermée on ne voit plus celle qui est sur la platine.

Essais

J’ai essayé cette platine avec succès avec tous les récepteurs AM que j’ai à ma disposition, soit :

  • Un scanner où j’ai trouvé l’émission la plus puissante sur 1605 kHz. MAIS, aussi sur 3200 kHz et même sur 800 kHz mais bien plus faible !
  • Un poste de radio de 1957 « Le Régional 57R ». La réception est parfaite en bout de bande PO aux alentours de 200m. Il est tout désigné pour diffuser les chansons de l’époque 1940-45 avec une belle sonorité.
  • Un MCR1 « Biscuit » de 1943, idéal pour recevoir les « messages personnels » de la BBC
  • Un poste décamétrique dont le récepteur reçoit tout en bout de bande la fréquence 1,6 Mhz. Connecté à son long fil de 39 m je reçois l’émission de la platine (une dizaine de mètres depuis l’intérieur de la maison). En revanche, chose amusante, à partir de 19H les stations espagnoles émettant en PO viennent perturber mon émission ! Je les reçois très clairement également sur le MCR1 démontrant, si nécessaire, que cet appareil était bien conçu pour recevoir (entre autres) les très puissantes émissions de la BBC.

Isle, 17 mars 2025

Alain CAUPENE F5RUJ